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Publié le 25 février 2026, Articles récents

Tombelaine : une colonie d’oiseaux nicheurs prospère

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A mi-chemin entre le Bec d’Andaine et le Mont-Saint-Michel, se dresse au milieu des sables : le rocher de Tombelaine.

Frère « jumeau » du Mont Tombe (nom du rocher du Mont-Saint-Michel) et du Mont Dol, il est le seul à avoir réellement conservé son caractère maritime.

Cet îlot riche de son histoire médiévale est aussi reconnu pour la richesse de sa colonie d’oiseaux nicheurs.

Un site protégé depuis 1985

Au début des années 80, la présence sur le rocher de Tombelaine de goélands (bruns, marins et argentés) et de tadornes de Belon nicheurs a suscité l’intérêt de Luc Loison, ornithologue bénévole du Groupe Ornithologique Normand (GONm).

Après plusieurs années de suivi, la municipalité de Genêts et le GONm s’accordent pour protéger une partie du rocher pendant la période de reproduction des oiseaux.

Bien que partielle, cette protection va conforter la population d’oiseaux nicheurs qui va s’étoffer au fil des années. Elle débouchera en 2011 par la mise en réserve de l’ensemble du rocher de la mi-mars à la fin du mois de juillet.

A quoi bon protéger une colonie de goélands me direz-vous?

Tout d’abord, il convient de rappeler que le dérangement intentionnel d’espèces protégées comme les tadornes et les goélands est répréhensible par la loi.

Mais aussi, et Tombelaine en est l’illustration parfaite, la colonie de goélands conjugué à la tranquillité du site va attirer d’autres espèces. C’est ainsi qu’en 1997, le rocher accueille ses premiers couples d’aigrettes garzettes.

Par la suite, chaque décennie une nouvelle espèce va s’implanter sur le rocher.

  • Le héron garde-bœuf en 2008
  • Le faucon pèlerin en 2012
  • Et en 2025, la spatule blanche.

A l’avenir, il est possible que le rocher accueille de nouvelles espèces. La prochaine pourrait bien être la grande aigrette, de plus en plus abondante en Normandie.

Les espèces nicheuses de Tombelaine : évolution des effectifs.

Les connaissances acquises sur l’avifaune nicheuse de Tombelaine sont le fruit de l’action des bénévoles du GONm qui ont assuré jusqu’en 2022, le dénombrement de la colonie. A partir de 2023, le Conservatoire du littoral prend la main et décide d’assurer lui-même cet mission.

La colonie de goélands :

Les 3 espèces de goélands présentent dans la baie au printemps nichent sur le rocher de Tombelaine. Le plus abondant est le goéland argenté (dos gris clair), les goélands brun (dos gris très foncé et pattes jaunes) et marin (dos noir et pattes rosées) quant à eux sont moins nombreux.

L’évolution des populations nicheuses de ces 3 espèces suit un schéma similaire. Une hausse des effectifs nicheurs jusqu’au milieu des années 2000 puis une baisse (cf tableau ci-dessous). Cette évolution est toutefois moins marquée pour le goéland marin.

EspèceEffectif en 1980Effectif maximumEffectif en 2025
Goéland argenté50 couples666 couples en 200269 couples
Goéland brun2 couples24 couples en 20074 couples
Goéland marin1 couple37 couples en 200817 couples

Pourquoi cette évolution à la baisse de la population de goéland ? Plusieurs raisons peuvent être évoquées.

  • Les goélands font leur nid à même le sol, il ne peut donc nicher que dans les zones de végétation herbacée. Avec le temps le rocher est envahi par les buissons (ronciers, églantiers, aubépines, sureaux..) réduisant d’autant les zones favorables à leur nidification.
  • Le rocher est également occupé par le rat surmulot, mangeur d’œufs et de jeunes poussins. Les mesures mises en œuvre pour réguler cette espèce ne sont peut être plus suffisamment efficaces.
  • Partout en Europe les ornithologues constatent le même phénomène, les goélands ont tendance à quitter les colonies installées en milieu naturel pour occuper les villes qu’elles soient côtières ou pas d’ailleurs. Ainsi près d’une centaine de couples de couples de goélands bruns et argentés se sont installés sur le Mont-Saint-Michel même.
  • Quelques épisodes de prédation par des carnivores terrestres, renard et/ou mustélidés (famille de la fouine, du putois…) on eu un impact sur ces oiseaux nichant au sol.
  • Le déclin généralisé de ces espèces contribue également à la régression de la colonie de goéland.
  • Pour terminer, ces dernières années, un épisode de grippe aviaire a lui aussi affaibli la colonie de goélands.

En 2025 la baisse du nombre de goélands nicheurs s’est interrompue, il est toutefois prématuré d’en tirer la moindre tendance. Les prochaines saisons nous permettrons peut-être de mieux appréhender l’évolution de cette colonie.

La colonie de grands échassiers :

Depuis 1997, une colonie de grands échassiers s’est implantée sur le rocher de Tombelaine.

Installée en premier, l’aigrette garzette a vu ses effectifs progresser jusqu’à atteindre environ 220 couples (en 2016). Par la suite, l’installation en nombre du héron garde-bœuf rend le suivi plus complexe. Les deux espèces construisent des nids très similaires impossibles à différencier. L’estimation du nombre de couples nicheurs est déduite à partir du nombre total de nid et de la proportion d’oiseaux adultes pour chacune des deux espèces.

Le dernier chiffre connu de la population de hérons nicheurs à Tombelaine est transmis par le Conservatoire du Littoral en 2023. Il fait état de plus de 400 nids de hérons garde-bœufs et aigrette garzette confondus sans plus de détail. A noter toutefois que le héron garde-bœuf est nettement dominant, son installation a eu comme conséquence la réduction du nombre d’aigrettes garzettes nicheuses. Son agressivité lui permet sans doute de s’octroyer les meilleurs sites pour la construction du nid.

Autre remarque concernant le héron garde-bœuf, cette espèce peut effectuer 2 pontes au cours de la saison de nidification, en conséquence le rocher est occupé par les oiseaux jusqu’à la mi-septembre ce qui amène les autorités à prolonger l’interdiction d’accès au rocher de Tombelaine jusque fin août.

Enfin, en 2025 une nouvelle espèce s’installe : la spatule blanche, avec l’observation le 15 juillet 2025 d’un couple de spatules posées sur le bord d’un nid contenant 3 poussins. Faute de dénombrement précis en 2025, le nombre de couple nicheur n’est pas connu, mais vu les observations faites durant l’été, il est vraisemblable que Tombelaine ait accueilli 1 à 3 nids de spatules.

Spatules blanches (Platalea leucorodia)

Le faucon pèlerin :

Au printemps 2012, à plusieurs reprise le cri d’alarme du faucon pèlerin a retentit à Tombelaine. Ce comportement inhabituel du rapace a intrigué les guides de la baie, amateurs d’ornithologie. Le 15 juin 2012, une visite à Tombelaine a permis à des bénévoles du GONm d’observer pour la première fois sur l’îlot un poussin de faucon pèlerin dans son nid. L’oisillon était en partie emplumé, il devait être âgé de 3 semaines environ. Quelques temps plus tard il a quitté le nid. Mais la tâche des adultes n’était pas terminée, dans les semaines qui suivent l’envol ils continuent de nourrir le jeune faucon et lui apprennent l’art difficile de la chasse aux oiseaux.

Depuis cette année là, le faucon pèlerin, le rapace le plus rapide du monde a niché chaque année sur le rocher produisant de 1 à 3 jeunes, excepté pour les années 2013 et 2024 qui n’ont pas permis au couple d’élever de poussin.

En 2025, les rapaces ont niché sur le flanc Est du rocher, 2 jeunes ont pu atteindre l’âge de l’envol. La photo ci-dessous a été prise à Tombelaine en début d’été 2025, on peut y voir le couple de faucon, la femelle (plus grande) en haut à droite, le mâle en contre-bas. L’aire (c’est ainsi que s’appelle le nid des rapaces) était située sur les rochers au-dessus du couple.

Faucons pèlerins (falco peregrinus)
Tombelaine été 2025

Le tadorne de Belon :

Le tadorne est un anatidé, famille des oies et des canards qui niche sur le rocher depuis plus de 40 ans. Ce « canard » au bec bien rouge et au plumage principalement noir et blanc présente plusieurs particularités :

  • d’une part cette espèce ne présente pas de dimorphisme sexuel (différence de plumage entre le mâle et la femelle) marqué,
  • d’autre part, la femelle installe habituellement son nid dans les terriers de lapins, sur Tombelaine, faute de terriers, les buissons font l’affaire.
Tadornes (Tadorna tadorna) et moutons de prés salé

Au début des 1990, le nombre de tadornes nicheurs était de estimé à 15 / 20 couples. Actuellement, en l’absence de suivi très régulier, il est bien difficile de savoir s’il niche encore sur le rocher. Si oui, le nombre de couples est très limité, sans doute moins de 3.

A noter tout de même la nidification certaine d’au moins 1 couple de tadorne en 2024. En effet, le 19 mai 2024, un couple de tadorne en vol approche de Tombelaine. La femelle se pose sur le rocher tandis que le mâle après avoir tourné 2 ou 3 fois au-dessus de l’ilot repart vers les vasières. Ce comportement est bien connu chez le tadorne, le mâle escorte systématiquement la femelle jusqu’au nid chaque fois qu’elle y retourne pour couver ses œufs.

Sitôt éclos et secs, les jeunes tadornes accompagnés des adultes quittent le rocher et rejoignent les vasières où ils trouveront les invertébrés qui constituent leur nourriture.

Les passereaux :

Les buissons d’églantier, d’aubépine et de troène qui occupent actuellement plus le moitié de la surface du rocher constituent un milieu favorable pour l’accueil de petits passereaux, les même que ceux que vous avez dans votre village. Merle noir, Accenteur mouchet, fauvette à tête noire, troglodyte mignon, pouillot véloce mais aussi pigeon ramier sont quelques une des espèces de ces espèces nicheuses sur Tombelaine.

Quel avenir pour les oiseaux de Tombelaine ?

En raison de l’ensablement du nord de la baie, qui rend Tombelaine beaucoup plus accessible pour les prédateurs terrestres (renard en particulier) l’on peut craindre que la nidification des goélands et des tadornes qui nichent au sol ne devienne impossible.

Les grands échassiers qui bâtissent leur nid en hauteur dans les arbustes devraient quant à eux, être à l’abri. En 2026 et dans les années à suivre, selon toute vraisemblance le nombre de spatules nicheuses devrait augmenter.

Spatule blanche (Platalea leucorodia) & grande aigrette (Ardea alba)

Et, que faut-il penser de l’observation de plusieurs grandes aigrettes posées sur le rocher au début de l’été 2025 ? Serait-ce les prémisses de son installation dans les prochaines années ? C’est tout à fait envisageable , l’espèce colonise progressivement la Normandie et la baie du Mont-Saint-Michel est propice à sa nidification. Affaire à suivre.


Remerciements

Merci à Gérard Debout et Luc Loison, respectivement président et bénévole du Groupe Ornithologique Normand (GONm) pour la transmission des données et pour la relecture de cet article.

Merci également à Rodolphe Bion du Conservatoire du littoral pour la transmission des bilans des comptages effectués ces dernières années.


Et si vous veniez voir sur place ?

Pour cette année 2026, Chemins de la Baie vous propose une sortie ornithologique dédiée aux oiseaux nicheurs de Tombelaine et plus généralement au patrimoine naturel de la baie. Les observations se feront à distance avec une longue-vue pour éviter le dérangement. 2 dates ont été programmées :

  • le dimanche 21 juin de 14h30 à 18h15
  • le dimanche 5 juillet de 13h15 à 17h00

Un clic pour de plus amples informations


Bandeau sortie nature Chemins de la Baie
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